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Théorie > Géométrie > Rapports de section

Prérequis

Résumé

Nous introduisons dans ce chapitre les rapports de section. Nous énonçons ensuite en termes de ceux-ci les théorèmes de Ceva et de Ménélaüs, constituant des armes redoutables pour montrer que trois droites sont concourantes ou que trois points sont alignés.

Ce chapitre a été écrit par N. Radu et mis en ligne le 8 décembre 2014.

1. Définition et propriétés

On commence par définir la notion de rapport orienté entre deux segments parallèles.

Définition (rapport orienté)
Soit A, B, C et D quatre points distincts deux à deux et tels que AB est parallèle à CD. Le rapport orienté ¯AB¯CD est défini par
¯AB¯CD={|AB||CD| si [AB) et [CD) pointent dans le même sens,|AB||CD| si [AB) et [CD) pointent dans des sens opposés.

Par exemple, dans la figure suivante où C, D, E et F sont alignés, AB est parallèle à CF et |CD|=|EF|=2|DE|=2|AB|, on a
¯AB¯DE=1,¯CD¯FE=1,¯AB¯DF=13,¯CF¯BA=5.

Remarque : Il s'agit bien de rapports, au sens où on a la formule ¯AB¯CD¯CD¯EF=¯AB¯EF lorsque les droites AB, CD et EF sont parallèles.

On peut maintenant définir la notion de rapport de section.

Définition (rapport de section)
Si C est un point de AB distinct de A, alors le rapport de section rAB(C) de C par rapport à A et B est défini par
rAB(C)=¯CB¯CA.

On peut par exemple réécrire le théorème de la bissectrice à l'aide des rapports de section. En effet, si dans un triangle ABC, A désigne l'intersection de la bissectrice intérieure de A avec BC et A désigne l'intersection de la bissectrice extérieure de A avec BC, le théorème de la bissectrice nous indique que
rBC(A)=bc et rBC(A)=bcb=|AC| et c=|AB|.

Il est intéressant de regarder comment rAB(C) varie lorsque A et B sont fixés et que C varie sur la droite AB. Ceci est représenté sur le graphique suivant.


Rapport de section rAB(C) en fonction de la position de C.

En fait, il n'est pas compliqué de se convaincre que rAB(C) peut prendre n'importe quelle valeur réelle différente de 1. Ce qui rend le rapport de section digne d'intérêt est que le rapport de section d'un point par rapport à deux points fixés détermine univoquement la position du point (autrement dit, la fonction tracée ci-dessus est injective). Dès lors, pour montrer que deux points sont égaux, on peut simplement montrer que leurs rapports de section par rapport à deux mêmes points sont égaux.

2. Théorème de Ceva

Le théorème de Ceva donne une condition nécessaire et suffisante pour que trois droites issues des trois sommets d'un triangle soient concourantes (ou parallèles dans un cas dégénéré, bien qu'il puisse également servir).

Théorème de Ceva
Soit ABC un triangle et DBC, EAC, FAB des points distincts des sommets. Les droites AD, BE et CF sont concourantes ou parallèles si et seulement si
rAB(F)rBC(D)rCA(E)=1 ou, autrement dit, si
¯FB¯FA¯DC¯DB¯EA¯EC=1.

Un corollaire immédiat de ce théorème est que les trois médianes d'un triangle sont concourantes. En effet, le rapport de section du milieu d'un côté par rapport aux deux sommets de ce côté vaut 1, et le produit donne donc trivialement 1, ce qui prouve que les médianes sont concourantes.

Démonstration
Nous démontrons le théorème de Ceva dans le cas où les points D, E et F sont situés sur les côtés du triangle et non à l'extérieur. Le lecteur doit cependant garder à l'esprit que celui-ci reste valide même lorsque D, E ou F se situe sur les prolongements des côtés.
Dans ce cas particulier, les droites ne seront bien sûr jamais parallèles, et le produit des trois rapports de sections sera toujours négatif (en tant que produit de trois nombres négatifs). Nous devons donc simplement montrer que les droites AD, BE et CF sont concourantes si et seulement si
|FB||FA||DC||DB||EA||EC|=1. Commençons par l'implication . On suppose donc que les trois droites se rencontrent en un point M, et on cherche à montrer que le produit vaut 1. On s'intéresse pour cela aux aires des différents triangles présents dans la figure.


Les triangles BDM et CDM ayant la même hauteur, le rapport de leurs aires est égal au rapport de leurs bases :
S(BDM)S(CDM)=|BD||DC|. On peut faire la même constatation pour les triangles BDA et CDA :
S(BDA)S(CDA)=|BD||DC|. Dès lors, le triangle BMA pouvant être obtenu comme différence des triangles BDA et BDM, tout comme CMA qui est la différence des triangles CDA et CDM, on garde le même rapport :
S(BMA)S(CMA)=|BD||DC|. Or, ce raisonnement est également valable sur les deux autres côtés du triangle, et on a donc aussi les relations
S(CMB)S(AMB)=|CE||EA| et S(AMC)S(BMC)=|AF||BF|. En multipliant les trois dernières égalités, on a la formule voulue (après passage à l'inverse).

Passons à l'implication . On suppose cette fois que
|FB||FA||DC||DB||EA||EC|=1, et on cherche à montrer que les trois droites sont concourantes. Pour ce faire, on note M le point d'intersection des droites BE et CF, et ensuite D l'intersection de AM avec BC. Il suffit alors de montrer que D=D. Par l'autre partie de la preuve, vu que AD, BE et CF sont concourantes, on sait que
|FB||FA||DC||DB||EA||EC|=1. On en déduit que
|DC||DB|=|DC||DB|. Autrement dit, D et D ont le même rapport de section par rapport à B et C : on a donc D=D comme désiré.

Version trigonométrique

Il existe aussi une formulation trigonométrique au théorème de Ceva. La démonstration consiste simplement à appliquer la loi des sinus judicieusement, et est laissée au lecteur.

Théorème de Ceva (version trigonométrique)
Soit ABC un triangle et D[BC], E[AC], F[AB] des points distincts des sommets. Les droites AD, BE et CF sont concourantes si et seulement si
sin^FCBsin^FCAsin^DACsin^DABsin^EBAsin^EBC=1.

Cette version trigonométrique peut dans certains cas être préférable. Par exemple, une conséquence directe de ce résultat est que les bissectrices (intérieures) d'un triangle sont concourantes. On ne pouvait pas le déduire immédiatement de la première version de Ceva.

3. Théorème de Ménélaüs

Le théorème de Ménélaüs est très similaire au théorème de Céva. Il donne cette fois une condition nécessaire et suffisante pour que trois points situés sur les côtés d'un triangle (ou sur leur prolongement) soient alignés.

Théorème de Ménélaüs
Soit ABC un triangle et DBC, EAC, FAB des points distincts des sommets. Les points D, E et F sont alignés si et seulement si
rAB(F)rBC(D)rCA(E)=1 ou, autrement dit, si
¯FB¯FA¯DC¯DB¯EA¯EC=1.

Démonstration
Comme pour Ceva, on commence par le sens . Notons X l'intersection de DF avec la parallèle à BC passant par A, comme sur la figure ci-dessous.


Par Thalès dans les triangles BDF et CDE, on a les deux relations suivantes :
¯DB¯XA=¯FB¯FA et ¯XA¯DC=¯EA¯EC. On a donc
¯DB¯DC=¯DB¯XA¯XA¯DC=¯FB¯FA¯EA¯EC, ce qui est équivalent à
¯FB¯FA¯DC¯DB¯EA¯EC=1.
Passons au sens . On suppose donc avoir
¯FB¯FA¯DC¯DB¯EA¯EC=1. Remarquons déjà que EF ne peut pas être parallèle à BC. En effet, si tel était le cas, par Thalès on aurait
¯EA¯EC=¯FA¯FB, d'où ¯DC¯DB=1 mais cela est impossible car un rapport de section ne vaut jamais 1. On peut donc noter D l'intersection de EF avec BC, et on montre comme dans la démonstration du théorème de Ceva que l'on a forcément D=D.